Ligne éditoriale

L’histoire contemporaine du continent africain est un des parents pauvres des publications francophones en sciences sociales et humaines. Il est probable qu’une multitude de champs et de sous-champs de la recherche pourraient avancer, à tort ou à raison, un tel constat un peu plaintif.
Il est vrai que plusieurs revues interdisciplinaires se concentrant sur le continent africain publient des articles sur l’histoire de l’Afrique (Cahiers d’études africaines, Politique Africaine, Afrique Contemporaine, etc.). Des revues généralistes d’histoire ont accueilli récemment des numéros spéciaux traitant spécifiquement de l’Afrique (Vingtième Siècle, Le Mouvement Social, etc.). Un fait demeure cependant : dans le monde francophone, il n’existe plus de revue qui prennent exclusivement l’histoire contemporaine de l’Afrique comme objet, depuis l’expérience avortée d’Afrique & histoire entre 2003 et 2009.
C’est fort de ce constat que nous proposons de lancer une revue entièrement consacrée à l’histoire contemporaine du continent. Loin de constituer un quelconque « repli disciplinaire », il convient au contraire d’affirmer que la riche et complexe histoire du continent, en particulier du 19ème siècle à nos jours, mérite une revue qui lui soit consacrée à part entière (la revue Afriques s’intéresse aux périodes antérieures au XXème siècle). Si des discussions avec d’autres disciplines des sciences sociales peuvent être un des moteurs des réflexions pour les historiens de l’Afrique, si les frontières géographiques des espaces à investir intellectuellement doivent sans cesse être questionnés – que l’on pense aux diasporas noires ou même aux approches en termes d’histoire connectée et/ou globale –, reste que l’ancrage de Revue d’histoire contemporaine de l’Afrique est bien l’étude historique des dynamiques sociales du continent Africain.
Cette revue entend s’intéresser aux faits plus ou moins récents qui expliquent le présent du continent. Certains découpages chronologiques structurent plus que d’autres nos imaginaires et nos manières d’appréhender les réalités historiques, en particulier le moment colonial, de la phase de « conquête » aux indépendances. À ce titre, moins qu’une réalité politique intangible, la périodisation usuelle de l’histoire de l’Afrique – précolonial, colonial, postcolonial – est avant tout le fruit d’une construction scientifique. Si depuis quelques années on note le renouvellement d’une histoire sociale du fait colonial, on doit noter simultanément un certain retard des travaux sur l’histoire de l’Afrique après les indépendances. Le défi est alors de penser de manière critique certains mécanismes– économiques, politiques, sociaux et culturels – qui permettent de jouer avec cette construction et de s’en affranchir.
Nous pensons qu’il est essentiel, pour expliquer le présent du continent africain, d’étudier son passé. La Revue d’histoire contemporaine de l’Afrique est donc avant tout une revue qui souhaite publier des articles suivant la méthodologie historique. La revue est bien entendu ouverte au dialogue avec d’autres disciplines des SHS – dialogue souvent prôné, rarement réalisé – mais RHCA reste une revue d’histoire. Pour reprendre une définition donnée par Paul Veyne dans son œuvre maitresse, Comment on écrit l’histoire, le dénominateur commun de notre projet est que la revue étudie des faits du passé, qui se sont réellement passés.
RHCA, se veut être un lieu à la fois de publication d’articles en français mais aussi de rencontres et d’échanges pour les historien.ne.s de l’Afrique, qu’ils et elles soient basé.e.s en Europe, en Amérique du Nord et bien sûr, sur le continent africain. Les publications seront en français et permettront de rendre compte à la fois des recherches en histoire de l’Afrique de chercheur.e.s francophones mais aussi de traduire des travaux de chercheur.e.s non francophones sur des espaces du continent souvent peu accessibles dans la littérature en français (Afrique anglophone et lusophone notamment).
Enfin, dernier point, et non des moindres, la revue revendique le fait d’être une revue accessible, publiant en flux continu (à travers des rubriques dédiées aux articles varia, aux comptes rendus d’ouvrages, etc.) et entièrement en libre accès (open access). Cette démarche est guidée par la volonté de faciliter le processus de publication et de rendre accessible au plus grand nombre, et en particulier sur le continent Africain, les résultats des recherches historiques en cours.