Révéler l’artisanat marocain et ses producteurs au début du XXème siècle
La section marocaine de l’Exposition coloniale de 1922 à Marseille
DOI :
https://doi.org/10.51185/journals/rhca.2026.1008Mots-clés :
artisan, arts traditionnels, discours coloniaux, marché de l'art, Marseille, expositions colonialesRésumé
Cet article propose une lecture critique de la section marocaine de l’Exposition coloniale de Marseille en 1922, en interrogeant les logiques de sélection des objets et des artisans mobilisés. À partir d’un croisement entre sources archivistiques, matériaux visuels et approche historiographique, il met en lumière les mécanismes de patrimonialisation coloniale, fondés sur une mise en vitrine esthétisée, une hiérarchisation des savoir-faire et une invisibilisation structurelle de nombreux producteurs marocains. Tandis que certains métiers – comme la dinanderie ou la reliure – sont valorisés et récompensés, d’autres, notamment féminins ou communautaires, sont écartés ou anonymisés. L’exposition devient ainsi un dispositif de légitimation impériale, où l’artisanat, standardisé et requalifié, sert à construire une image contrôlée et idéalisée du Maroc. En révélant ces tensions entre reconnaissance formelle et effacement symbolique, l’étude souligne la manière dont l’administration coloniale instrumentalise les pratiques locales à des fins politiques, économiques et esthétiques.
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