Revue d'histoire contemporaine de l'Afrique: Annonces https://oap.unige.ch/journals/rhca <p><strong><em>Revue d'Histoire Contemporaine de l'Afrique</em> (<em>RHCA</em>)</strong> est une revue d'histoire contemporaine francophone avec comité de rédaction international qui s'intéresse à l'histoire contemporaine du continent africain (XIXème - XXIème siècle). Entièrement en <em>open access</em>, elle publie des numéros thématiques (2 par an) ainsi que des articles varias, des comptes-rendus de lecture, des entretiens et une rubrique "sources, terrains &amp; contextes". <em>RHCA</em>, se veut être un lieu à la fois de publication d’articles en français mais aussi de rencontres et d’échanges pour les historien·ne·s de l’Afrique, qu’ils et elles soient basé·e·s en Europe, en Amérique du Nord et sur le continent africain.</p> <p>Revue soutenue en 2022 par <strong><a href="https://www.unige.ch/rectorat/maison-histoire/" target="_blank" rel="noopener"><img src="https://oap.unige.ch/journals/public/site/images/admin/maison-histoire.png" alt="" width="200" height="86" /></a></strong></p> fr-FR Editorial : collaboration trans-revues RHCA et Sources sur l'histoire du génocide des Tutsi du Rwanda https://oap.unige.ch/journals/rhca/announcement/view/15 <p>Le 26 mars 2021, la Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi (1990-1994) remettait au président Emmanuel Macron son rapport final. Deux ans plus tôt, ce dernier avait mandaté des historien·ne·s mais aussi des archiviste-paléographes et des juristes pour « analyser le rôle et l’engagement de la France au Rwanda au cours de la période pré-génocidaire et celle du génocide lui-même en tenant compte du rôle des autres acteurs engagés ». Dès sa parution, ce document de plus de 1 200 pages a été largement commenté dans la presse. Plusieurs connaisseur·se·s du dossier, militant·e·s et/ou chercheur·se·s, sont également intervenu·e·s dans les semaines qui ont suivi pour saluer les apports de ce rapport mais aussi pointer ses limites. Plus récemment, diverses revues ont fait paraître des articles qui, avec plus de recul, proposent des analyses et des mises en perspective de ce texte. Cette actualité soulève plusieurs questions, en particulier sur les raisons qui ont amené la présidence française à s'emparer de ce dossier, comme elle l'a fait d'autres enjeux mémoriels depuis 2017. De plus, au-delà de l’examen des responsabilités de la France, toutes ces contributions ont nourri le dialogue, tant sur le rôle des historien·ne·s dans l’espace politique et le débat public que sur l’accès aux archives. Enfin, si la commission a admis des « responsabilités accablantes » de la France, elle a immédiatement écarté la notion de « complicité de génocide ». Plusieurs commentaires du rapport ont pointé pourtant l’absence de définition juridique de cette notion dans les 1 200 pages du rendu de ce travail.<br />Le rapport Duclert n’a pas seulement constitué un moment politique, médiatique et mémoriel majeur dans l’histoire de la controverse autour du rôle de la France dans le génocide des Tutsi du Rwanda : il a aussi été conçu par ses rédacteurs comme une contribution à la production académique et scientifique. Cet objectif était explicité dans la lettre de mission fixée par le président de la République qui appelait à « contribuer au renouvellement des analyses historiques sur les causes du génocide des Tutsi, profondes et plus conjoncturelles, ainsi que sur son déroulement ». Il l’a aussi été lors de la présentation du rapport lui-même. Dans les jours qui ont suivi sa publication, le rapport a ainsi été accompagné d'un « exposé méthodologique », insistant notamment sur l’importance d’« un regard critique d’historien sur les sources consultées ». <br />C'est au regard de cette actualité que la <em>Revue d'Histoire Contemporaine de l'Afrique</em> et <a href="https://www.sources-journal.org/161"><em>Sources : Matériaux et terrains en études africaines</em></a> ont décidé de s'associer dans une aventure éditoriale : proposer, pendant un an, un ensemble d'articles ayant trait à la recherche sur l'histoire du génocide des Tutsi et plus largement sur l'histoire du Rwanda. Alors que la ligne éditoriale de la <em>RHCA</em> propose d'insister sur la riche histoire contemporaine du continent africain, <em>Sources</em> place au centre de ses préoccupations une réflexion sur la collecte, la production et l'usage des matériaux de recherche. Ces deux revues récemment créées, aux lignes éditoriales complémentaires, se retrouvent sur un autre aspect : la mise en accès libre des textes produits et des matériaux de recherche collectés. <br />Il nous paraît en effet essentiel de développer un regard élargi sur les connaissances qui ont été produites sur le dernier génocide du XXème siècle. Le temps court de l’actualité – qu’il s’agisse des échos médiatiques du rapport ou même du temps de travail assez réduit (deux années) de la commission Duclert sur un tel sujet – n’est pas celui des sciences sociales. À cet égard, la méthode et les conclusions du rapport nous interpellent quant à notre manière de penser et écrire l'histoire récente du continent. La formation et le mandat de la commission s’inscrivent en effet dans une manière toute politique d’établir une « vérité » historique, là où les sciences sociales remettent sans cesse l’ouvrage sur le métier par de nouvelles questions, approches et méthodes. L’absence de tout spécialiste de la région, du continent et de ce génocide dans la commission a pu favoriser une lecture au premier degré des archives consultées, sans nécessairement disposer de tous les éléments de contexte nécessaires à leur appréhension. La commission, en se concentrant sur les seules archives militaires et administratives françaises, a également écarté d’autres corpus archivistiques, au Rwanda et ailleurs, ainsi que les travaux journalistiques, les productions militantes et littéraires et les témoignages, nombreux depuis 1994. Certes, les rédacteurs du rapport ont souligné que leur mandat ne concernait que les archives françaises – et certaines d’entre elles uniquement parmi toutes celles disponibles –, mais leur façon d’appréhender l’objet de leur enquête paraît avoir été inspirée par une partie de la littérature existante sans toutefois que celle-ci soit directement citée, au risque de présenter le rapport final comme la première production « scientifique » sur la question. Or, la diversité des travaux, académiques ou non, qui ont alimenté l'historiographie du génocide des Tutsi depuis plus de 25 ans est d’une grande richesse, y compris pour ce qui concerne le rôle de la France. <br />Nous prenons donc prétexte du rapport Duclert pour proposer un double décentrement. Décentrement temporel d’abord, afin de dépasser, vers l’amont comme vers l’aval, la chronologie courte que le rapport examine (1990-1994). Décentrement quant aux lieux de production du savoir, ensuite, pour sortir du débat franco-français sur le génocide des Tutsi du Rwanda et pour rendre compte de la pluralité et de la richesse des voix disponibles sur cette histoire. Ce double décentrement se manifeste dans les différents formats éditoriaux choisis, dont la parution sera étalée sur plusieurs mois. Articles de fond, articles courts analysant certains des points aveugles du rapport, entretiens et débats, publications d’archives sélectionnées, etc. : un ensemble de textes témoignera de la diversité des productions existantes.<br />Cette aventure éditoriale collective a ainsi pour ambition de mettre à l'honneur toute la richesse des savoirs produits en Europe, en Amérique du Nord et sur le continent africain, en proposant des réflexions ancrées dans la longue durée et qui ne répondent pas à un agenda politique. Il s’agit de valoriser les recherches sur le génocide des Tutsi du Rwanda – recherches irréductibles à la seule question du rôle et de la place de la France – en donnant la parole à des chercheur·se·s spécialisé·e·s et à des personnalités réfléchissant de longue date à l’histoire du Rwanda en général et à l’histoire et la mémoire du génocide des Tutsi en particulier. Cette collaboration entre la <em>RHCA</em> et <em>Sources</em> viendra en outre s’enrichir de collaborations ponctuelles pour prolonger les espaces de discussions : un séminaire commun avec l’Université Laval (CIRAM) au Québec, une journée d’études à Sciences Po Paris en collaboration avec l’ACPA et la revue <em>Politique africaine</em>, ainsi qu’une publication papier commune à l’issue de cette année d’activités.</p> <p><em>Comités de rédaction de la</em> Revue d’Histoire Contemporaine de l’Afrique<br /><em>et de</em> Sources : Matériaux et terrains en études africaines</p> Revue d'histoire contemporaine de l'Afrique 2021-11-08 Éditorial https://oap.unige.ch/journals/rhca/announcement/view/6 <p><em>Par le comité de rédaction de </em>RHCA<em> (janvier 2021)</em></p> <p>La sortie du premier numéro de la <em>Revue d’Histoire Contemporaine de l’Afrique</em> (<em>RHCA</em>) est l’occasion pour nous de revenir sur ce qui a motivé le lancement de cette nouvelle revue francophone en ligne, et sur ce qui anime le comité de rédaction.<br>La création de la <em>RHCA</em> s’inscrit dans un contexte difficile de crises politiques, sociales et morales. À ce titre, il nous semble que la recherche en sciences sociales est plus que jamais nécessaire. Alors que de nombreux gouvernements tentent par divers biais de réécrire l’histoire sous le prisme du « roman national », largement délégitimé à l’ère de l’histoire globale et connectée, nous pensons au contraire que la recherche fondamentale, et notamment en histoire de l’Afrique, doit nous aider à penser le monde, ses connections et ses complexités. <br>Notre comité de rédaction – composé de chercheur·e·s francophones – propose un retour à l’histoire. Une histoire de l’Afrique faite de débats, de courants historiographiques multiples et de nuances. Une histoire faite par des historien·ne·s bien souvent précarisé·e·s par les mécanismes de pouvoir et les logiques néolibérales qui sous-tendent les politiques universitaires. En France particulièrement, notre comité de rédaction dénonce avec fermeté les logiques managériales qui fragilisent les chercheur·e·s, avec une incidence particulière sur les étudiant·e·s et chercheur·e·s étranger·e·s. Nous condamnons le passage en force par le gouvernement de la nouvelle loi sur l’université en France (dite « Loi de programmation sur la recherche ») à laquelle s’oppose la majorité de la communauté scientifique depuis fin 2019. Nous condamnons aussi les poussées autoritaires et les restrictions d’accès aux sources (difficultés de consultation pour motifs politiques, ouverture sélective des archives dans le cadre de commissions de recherche pilotées par les gouvernements, disposition IGI 1300 sur les archives « secret-défense » en France, etc.), qui voudraient nous empêcher d’écrire et de dire une science ouverte, critique et émancipatrice, au profit d’une histoire rétrécie sur fond de débat sur la « repentance » dans les anciens pays colonisateurs et de suspicion à l’égard des sciences sociales critiques, décoloniales ou postcoloniales.</p> <p><em>Genèse du projet</em></p> <p>La genèse du projet est liée à un premier constat : l’histoire contemporaine du continent africain est un des parents pauvres des publications francophones en sciences humaines et sociales. Certes, plusieurs revues interdisciplinaires se concentrent sur le continent africain et publient des articles sur son histoire (<em>Cahiers d’études africaines, Politique Africaine, Afrique Contemporaine, Journal des Africanistes</em>, etc.). On peut d’ailleurs saluer la naissance d’une nouvelle revue en ligne <em>Sources</em>, qui met l’accent sur les matériaux, le terrain et les approches méthodologiques dans la construction des savoirs sur l’Afrique. La revue <em>Afriques</em> se consacre, quant à elle, à l’histoire du continent sur des périodes anciennes antérieures au 20ème siècle et <em>Afrika Zamani</em>, revue publiée par le CODESRIA depuis le Sénégal, s’intéresse à l’ensemble des périodes historiques. Des revues généralistes d’histoire accueillent par ailleurs des numéros spéciaux traitant spécifiquement de l’Afrique (<em>20 &amp; 21. Revue d’histoire, Le Mouvement Social, Cahiers d’Histoire. Revue d’histoire critique</em>, etc.). Un fait demeure cependant : dans le monde francophone, il n’existe plus de revue qui prenne exclusivement l’histoire contemporaine du continent comme objet principal, depuis l’expérience d’<em>Afrique &amp; histoire</em> entre 2003 et 2009.<br>Loin de constituer un quelconque repli « disciplinaire », linguistique ou culturel quant à l’étude des dynamiques du continent africain, il convient d’affirmer que sa riche et complexe histoire, en particulier du 19ème siècle à nos jours, mérite une revue qui lui soit consacrée entièrement. Si des discussions avec d’autres disciplines des sciences sociales peuvent nourrir les réflexions des historien·ne·s de l’Afrique, si les frontières géographiques des espaces à investir intellectuellement doivent sans cesse être questionnées, reste que l’ancrage de la Revue d’Histoire Contemporaine de l’Afrique est bien l’étude historique du continent. Celle-ci entend ainsi s’intéresser aux faits plus ou moins récents qui en éclairent les dynamiques actuelles, sans faire l’impasse sur leurs origines plus anciennes. Certains découpages chronologiques structurent plus que d’autres nos imaginaires et nos manières d’appréhender les réalités historiques, en particulier le moment colonial, de la phase de « conquête » aux indépendances. Mais moins qu’une réalité politique intangible, la périodisation usuelle de l’histoire de l’Afrique – précoloniale, coloniale, postcoloniale – est aussi le fruit d’une construction scientifique qui doit être questionnée. <br>Le défi est alors double. D’une part, il s’agit de penser de manière critique les mécanismes – économiques, politiques, institutionnels et disciplinaires – qui permettent de se jouer des chronologies classiques, tout en réfléchissant au traitement approprié des sources pour interpréter et écrire l’histoire du continent après le moment colonial. Cette séquence mérite en effet une plus grande attention et une réflexion sur la difficulté d’accès, non seulement aux archives africaines, mais aussi à certains terrains ou aux recherches réalisées sur place et peu diffusées. Il s’agit somme toute de sortir du nationalisme méthodologique et de contribuer à une narration multiple des faits et à une histoire des processus, aboutis ou non. D’autre part, il est nécessaire de reconsidérer les découpages géographiques, de cesser de penser séparément l’Afrique subsaharienne et l’Afrique du Nord et plutôt envisager le Sahara comme un espace d’échanges et de brassage, non comme une barrière définitive. De même, les îles des océans Atlantique et Indien doivent trouver une place plus importante dans la production de publications francophones. Il s’agit, enfin, de repenser le découpage traditionnel par empires pour mieux tenir compte des interactions régionales.</p> <p><em>Une revue francophone</em></p> <p>La <em>RHCA</em> publie des articles évalués en double aveugle par des pairs, portant sur des recherches novatrices utilisant la méthode historique et offrant un regard original sur l’histoire contemporaine du continent africain dans son ensemble. La revue publie deux numéros thématiques par an, ainsi que des articles Varia et des comptes rendus de lecture. Deux autres rubriques, s’adressant à un lectorat élargi, viennent s’ajouter à ces éléments plus courants. Une première, intitulée Sources, terrains et contextes, vise à présenter des recherches de terrain, des corpus de sources ou des réflexions de chercheur·e·s sur leur rapport à la discipline historique. Une seconde a pour objectif de mettre en valeur, dans un format Entretien, des productrices et producteurs d’histoire ou des actrices et acteurs de l’histoire, en articulant leur trajectoire personnelle et leur rapport au passé. L’appel permanent est à retrouver <strong><a href="https://oap.unige.ch/journals/rhca/cfp/appel_generique">ici</a></strong> et les consignes aux auteur.e.s <strong><a href="https://oap.unige.ch/journals/rhca/consignes">là</a></strong>. <br>La <em>RHCA</em> est une revue francophone. Francophone dans son organisation tout d’abord. Elle est accueillie par l’Université de Genève et son comité de rédaction international est aujourd’hui composé de chercheurs et chercheuses à tous les niveaux de carrière venant d’Europe, d’Amérique du nord et d’Afrique. Francophone dans sa démarche de publication ensuite. La <em>RHCA</em> se veut être un lieu à la fois de publication d’articles en français mais aussi de rencontres et d’échanges pour les historien·ne·s de l’Afrique, qu’ils et elles soient basé·e·s sur le continent africain, en Europe, en Amérique du Nord ou ailleurs. Les publications permettent de rendre compte à la fois des travaux de chercheur·e·s francophones mais aussi de traduire des travaux de chercheur·e·s non francophones sur des espaces du continent souvent peu accessibles dans la littérature en français.</p> <p><em>Une revue consciente</em><br><br>La revue revendique enfin le fait d’être une revue accessible, aussi bien du point de vue de la diffusion que de la politique d’évaluation. Elle est diffusée entièrement en libre accès (<em>open access</em>) et s’organise comme suit : deux dossiers thématiques sont publiés chaque année et les articles des rubriques ("Varia", "Comptes-rendus de lecture", "Sources, terrains et contextes", "Entretiens") sont publiés en flux continu. Cette démarche est guidée par la volonté de faciliter le processus de publication et de rendre accessible au plus grand nombre les résultats de recherches en cours. Par ailleurs, nous appuyons notre politique d’évaluation, pour les articles des dossiers comme pour les articles Varia, sur l’accompagnement des auteur·e·s tout au long de la publication de leurs travaux. Plutôt que de refuser des articles innovants mais pas encore assez aboutis, il s’agit d’offrir aux auteur·e·s, quelle que soit leur expérience, des discussions détaillées sur leur texte avant l’envoi en évaluation externe. <br>Dernier point et non des moindres : consciente que l’asymétrie des rapports de pouvoir entre Nord et Sud, héritée de l’histoire, aboutit à une fracture académique entre les deux espaces, comme au sein même des universités du Nord, la <em>RHCA</em> accorde une importance toute particulière à la visibilité des travaux produits dans et par les Suds. Conjointement, la revue encourage la publication de textes rédigés par des personnes aux statuts divers, qu’il s’agisse de statuts relatifs au fonctionnement académique, et/ou aux rapports de genre, de classe, de race, etc. <br>Le contexte difficile dans lequel naît la revue, bien loin de nous décourager, nous conforte dans nos objectifs et nous incite à faire ce que nous savons faire le mieux : dire, écrire et penser l’histoire de l’Afrique.</p> <p>Bonne lecture !</p> <p>&nbsp;</p> Revue d'histoire contemporaine de l'Afrique 2021-01-05